ESSAI en cours

Cet essai s’attache à détecter et à suivre les lignes de force qui relient des points en apparence éloignés et sans rapport entre eux : comment les données marquantes d’une enfance particulière non seulement déclenchent une vocation littéraire, mais aussi influencent la forme sous laquelle elle se manifestera.

Ce que je désire traquer ici, ce sont les sources cachées, les mécanismes inconscients de l’écriture. J’ai souvent été étonnée de voir que les chercheurs en littérature semblaient ignorer la continuité, pourtant évidente, entre la prime jeunesse et la période de production d’un auteur. Comme si le fait qu’Anton Tchekhov ait maintes fois décrit son enfance maltraitée comme « un bagne » n’avait aucun lien avec le fait que, malgré sa santé vacillante et l’incompréhension de ses proches, il ait passé plusieurs mois au bagne de l’île de Sakhaline afin d’en rapporter le matériau d’un livre en rupture totale avec les précédents et les suivants.

Je ne suis pas une universitaire, ceci n’est pas une thèse, et c’est en lectrice, écrivain, pédagogue de la création littéraire que je m’exprime dans cet essai pour lequel une bourse de résidence de l’IMEC m’a été accordée. Ma réflexion porte sur ce qui nous pousse à écrire, et à écrire ceci plutôt que cela, comme ceci plutôt que comme cela. Je m’attache au pourquoi, et non au pour quoi. Dans ce cadre, je ne peux guère viser à mieux qu’à identifier deux ou trois traits saillants, et c’est aussi pour cela qu’un tel essai ne peut être que terriblement personnel, idiosyncrasique.

De grands écrivains ou psychanalystes ont traité ces thèmes avant moi, et je m’appuie sur eux avec gratitude. Sans doute ce qui me caractérise est-il l’extrême curiosité que, tout en restant fermement campée du côté de la création, j’ai toujours eue pour la psychologie. Le lecteur est libre de juger que je pratique ici une sorte d’auto-analyse littéraire qui n’aurait de valeur que pour moi. J’espère seulement que ce livre va bien au-delà et pourra servir à ceux qui se mêlent de créer dans quelque domaine que ce soit, mais aussi à ceux qui s’intéressent en général à l’art, à la transmission et à la psyché humaine.

 S. K.

 

Encore une fois : pourquoi raconter tout cela ? On ne parle pas de ces choses-là !

Au contraire, il faut en parler.

D’accord, mais pourquoi maintenant, pourquoi dans ce livre-ci ?

Le moment est venu, c’est tout.

Mais c’est un essai littéraire !

Un essai, littéraire ou pas, est par définition personnel.

Oui, mais il ne faut pas trop s’éloigner du thème central. Il ne faut pas tout mélanger.

Ah ? Pourtant, toute écriture est par définition mélange, impureté.

Un peu comme la laisse de mer.